Chronique de la mort heureuse des gauches

J’étais de ceux qui pensaient, naïvement, que si Emmanuel Macron devenait président de la République, alors il serait difficile pour lui d’appliquer son programme en raison d’une absence de majorité. Jamais je n’aurais songé un seul instant que les pleins pouvoirs lui seraient confiés et qu’il allait rafler la mise aux législatives. L’élection n’est pas encore jouée, certes, mais le parfum se fait déjà sentir : celui d’une victoire écrasante, balayant tout sur son passage, éliminant notamment les forces de gauche des bancs de l’Assemblée Nationale pendant 5 ans.

Incapables de se rassembler, se rejetant la faute réciproquement, les progressistes (les vrais, ceux qui pensent que le progrès social accompagne le progrès économique par la réduction du temps de travail, un départ plus tôt à la retraite, une plus juste répartition des richesses etc…) et les écologistes vont subir un très fort revers. Nous allons tout simplement être absents d’un quinquennat. Qui défendra l’idée d’une Europe sociale ? Qui portera la revendication d’une VIème République ? Qui prônera la transition énergétique ?

Le Parti Socialiste ne se relève pas de ses fractures internes et de ses misérables rouages d’appareil. Si le programme de Benoît Hamon est très encourageant et porteur d’espoir, la seule étiquette fait fuir les gens : qui peut encore avoir confiance au PS ? Qu’il quitte enfin le navire qui sombre et mettons-nous au travail !

La France Insoumise qui avait mené une magnifique campagne pendant l’élection présidentielle se retrouve enlisée. En reniant la multiplicité des candidatures qu’il y aurait aux élections législatives, le pari de penser que les 7 millions d’électeurs resteraient groupés était faussé. Erreur stratégique. Jean-Luc Mélenchon ayant refusé tout dialogue s’est définitivement isolé. Pire, il s’est mis des gens à dos. Faut-il continuer à faire cavalier seul ? Qu’il accepte enfin de tendre l’oreille et mettons-nous au travail !

Alors, le lendemain du 11 Juin, pourrions-nous dire que nous ne savions pas ? Ce serait mentir. Allons-nous encore éternellement nous renvoyer la pierre pour savoir qui doit endosser la responsabilité ? Ce serait bête.

La lourde défaite que les gauches vont connaître au 1er tour de l’élection législative doit enjoindre à une refondation entière et totale de notre logiciel. Une reconstruction dans la manière de faire fonctionner une structure partisane, dans l’édifice d’un socle de propositions convenant à chacun(e) et dans la façon de s’adresser aux gens avec des discours plus adaptés.

Si Emmanuel Macron séduit autant, c’est avant tout parce qu’il représente un nouveau visage. Depuis plus d’un mois que je me rends sur le terrain avec une cinquantaine d’autres jeunes, nous l’entendons : les citoyen(ne)s veulent quitter le vieux monde. Nous savons qu’Emmanuel Macron conserve le même logiciel économique que les dernières décennies : course à la croissance, politique de l’offre, flexibilisation du marché du travail. Si nous aussi nous sommes des visages nouveaux, nous avons l’avantage d’avoir des idées et pratiques nouvelles. Il nous incombe la tâche désormais de les faire entendre.

Je veux y croire en cet espoir quand je vois des ami(e)s de mon âge mener des campagnes brillantes. Sans cacher la vérité, ils et elles sont généralement issus de la France Insoumise, qui a laissé la place à de jeunes gens. Nouvelle Donne, par exemple, a décidé de m’apporter son soutien ainsi qu’à d’autres proches, ce qui est là aussi un gage de confiance. Cette nouvelle génération que nous incarnons est combative et constructive. Nous le sentons à travers nos échanges, nos rencontres, nos actions.

Notre génération est sensible à un autre rapport au travail face à la révolution numérique, aux réponses urgentes à apporter face à la crise écologique, à la plus grande participation citoyenne face à la demande démocratique, à l’inclusion éducative face au fossé qui sépare les jeunesses.

Alors le soir au 11 Juin, quand nous verrons que notre bêtise nous amène à notre perte, relevons-nous. Cette mort est heureuse parce qu’elle annonce probablement la naissance d’une nouvelle ère : il y a une fécondité dans l’échec. Tirons-en leçon et donnons naissance enfin à ce mouvement progressiste et écologiste du XXIème siècle capable de repartir à la conquête de nouveaux droits sociaux. Il suffit d’un peu d’audace. Et la chance finit toujours par sourire aux audacieux.

 

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